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Le procès du géant américain du pétrole s’est ouvert la semaine dernière, à New York. Il durera trois semaines et pourrait déboucher sur d’autres actions en justice pour l’industrie des énergies fossiles, dont la combustion a des effets néfastes sur le climat.

Selon le Climate Accountability Institute, aux États-Unis, la compagnie pétrolière américaine ExxonMobil est la troisième entreprise au monde en matière d’émissions de dioxyde de carbone. Depuis 1965, elle aurait produit 54,7 milliards de tonnes d’équivalent CO2.

Les dirigeants d’Exxon savaient-ils que leurs activités étaient nuisibles pour l’environnement ? Oui, a répondu un ancien cadre du département du développement et de la recherche, le 23 octobre, à la démocrate américaine Alexandria Ocasio-Cortez.

Mais le grand procès qui a débuté à New York ne porte pas directement sur les contributions du groupe au réchauffement climatique, ou sur son niveau de connaissances. Ce que la justice reproche au groupe est plus subtil. Décryptage en trois questions.

Que reproche-t-on à ExxonMobil ?

Le géant pétrolier est accusé d’avoir menti aux investisseurs. Il aurait sous-évalué la volonté des politiques publiques de sortir des énergies fossiles pour faire face au changement climatique. Par exemple, les investissements d’Exxon dans les sables bitumineux du Canada pourraient s’avérer plus risqués que prévu, le voisin du Nord ayant annoncé un durcissement de ses lois environnementales. Conséquence, selon l’accusation : les actions du groupe auraient été surévaluées. Les dommages pour les actionnaires seraient compris «entre 476 millions et 1,16 milliard de dollars».

 

Exxon n’est pas jugé ici pour avoir dissimulé les conséquences négatives de ses activités sur l’environnement ou décrédibilisé l’urgence climatique – ce dont l’accusent des ONG. Le procès mettra toutefois une pression accrue sur la manière dont l’industrie fossile communique au sujet de l’environnement, comme ce fut le cas jadis pour l’industrie du tabac au sujet de la santé.

Theodore Wells, avocat d’Exxon Mobil. | JEFFERSON SIEGEL, REUTERS

Qui a intenté ce procès ?

L’État de New York mène la charge depuis l’année dernière. Il s’agit de la deuxième plainte – sur plus d’un millier – liée au changement climatique qui débouche sur un procès aux États-Unis. L’affaire est qualifiée d’historique car elle pourrait ouvrir la voie à des dizaines d’autres procès contre l’industrie des énergies fossiles. L’État du Massachusetts a annoncé jeudi qu’il portait également plainte contre Exxon Mobil.

Le procès peut-il déboucher sur une condamnation ?

Exxon Mobil se défend sur le terrain technique. Il assure avoir toujours été honnête avec ses investisseurs et accuse l’État de New York de se livrer à un procès politique. Trois semaines d’audiences sont prévues au cours desquelles l’ex-PDG d’ExxonMobil, et ex-chef de la diplomatie américaine, Rex Tillerson, doit être appelé à la barre. L’issue du procès est incertaine. Mais, même en cas de victoire pour Exxon, le fait que la firme ait dû produire des centaines de milliers de pages de documents internes risque de la mettre en difficulté. Les détails révélés seront utilisés dans d’autres procès à venir.

 

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