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Les terres rares ne sont pas si rares, et ni les énergies renouvelables ni les technologies de stockage de ces énergies n’en dépendent, estime un rapport de l’Ademe paru en novembre. Celui-ci alerte tout de même sur le risque stratégique que représente le quasi-monopole de la Chine sur ces métaux.

Dans notre apathie collective face à la crise climatique, plus urgente que jamais, on ne pourra au moins pas blâmer les terres rares. Un rapport de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) paru en novembre conclut d’abord que ces terres rares ne sont pas si rares que ça et surtout que les énergies renouvelables ne les utilisent quasiment pas et sont donc peu vulnérables à d’éventuelles difficultés d’approvisionnement de ces matériaux.

Les terres rares sont un ensemble de 15 à 17 éléments métalliques, rappelle l’Ademe, « dont le nom leur avait été donné à l’époque de leur découverte où l’on pensait que ces éléments étaient en effet rares ». En réalité, ces métaux sont plutôt abondants dans la croûte terrestre. Les limites d’exploitations des gisements tiendraient toutefois à la faible densité de leur présence au sein des minerais, notamment concernant le groupe des terres rares « lourdes », et à la difficulté de les séparer chimiquement des autres éléments.

Si l’abondance de ces terres rares peut surprendre, c’est qu’on a tendance à les confondre avec une autre catégorie, plus large, que l’on appelle souvent les « métaux rares ». Ceux-ci comprennent les terres rares ainsi que d’autres éléments comme le tungstène ou le cobalt. Ce groupe d’une trentaine de métaux au total est omniprésent dans nos technologies, ordinateurs, IRM, smartphone, TGV, éoliennes, etc. et a été popularisé par le journaliste Guillaume Pitron dans son ouvrage La guerre des métaux rares (Les Liens qui Libèrent, 2018). Il y alerte sur le risque de pénurie de certains de ces métaux d’ici quelques décennies.

Dans son enquête, le journaliste s’intéressait toutefois aux « réserves exploitables » de ces métaux. Le rapport de l’Ademe se contente pour sa part – et uniquement pour la catégorie des terres rares – de rappeler que les réserves totales sont abondantes. Au-delà de ces considérations géologiques, les deux travaux concordent sur un point crucial : la criticité de ces métaux risque surtout de venir du quasi monopole de la Chine sur les ressources connues. Pékin représentait en 2017 environ 86 % de la production de terres rares et le pays concentrerait entre un tiers et la moitié des réserves mondiales, selon l’agence. Le risque d’approvisionnement, notamment pour l’Europe, serait donc surtout d’ordre géopolitique.

L’éolien en mer et les terres rares
L’Ademe insiste sur son rapport sur une autre idée reçue : celle qui voudrait que les énergies renouvelables soient dépendantes de ces terres rares. On nous expliquait déjà, lors du salon du photovoltaïque à Marseille en septembre, que l’énergie solaire n’utilisait aujourd’hui pas de terres rares. Certaines utilisent des métaux critiques, comme l’indium ou le cadmium, mais il ne s’agit pas de terres rares et les technologies qui les utilisent « restent largement minoritaires sur le marché du photovoltaïque », assure le rapport.

L’enjeu central concerne plutôt l’éolien. Pour transformer le vent en courant, l’éolienne tourne et utilise un alternateur, dont certains comprennent des aimants permanents. Et seuls ces derniers contiennent des terres rares. L’essentiel des éoliennes sont donc également dépourvues de terres rares puisqu’uniquement 3 % des éoliennes terrestres en France en contiendraient.

C’est plus compliqué pour l’éolien en mer, qui utilise beaucoup d’aimants permanents, note l’Ademe. Ceux-ci ont l’avantage de réduire la masse, l’encombrement et le coût des éoliennes. Mais cette dépendance ne devrait pas poser plus de problème que ça. D’une part parce que l’éolien en mer devrait représenter moins de 20 % du marché global de l’éolien en 2030. La demande pour ces éoliennes ne devrait donc pas excéder « 6 % de la production annuelle en néodyme et plus de 30 % de la production annuelle en dysprosium ». D’autre part parce que des technologies alternatives pour ces éoliennes existent, bien que plus chères, et que les industrielles travaillent au développement de ces substituts.

« L’utilisation de métaux critiques ou stratégiques apparaît nettement plus problématique que celles des terres rares »
Enfin, les dispositifs de stockage de ces énergies renouvelables, vouées à se développer pour compenser l’intermittence du vent et du soleil, ne devraient pas être non plus dépendantes des terres rares. Le stockage sur batteries concerne principalement les technologies lithium-ion, sodium-soufre et plomb-acide, lesquelles ne contiennent pas de terres rares, « ou qu’en très faible quantité (éventuellement comme additif) ». Seules des batteries nickel-hydrure métallique comprennent des terres rares mais ne sont utilisées que marginalement, notamment pour des voitures hybrides.

« L’utilisation de métaux critiques ou stratégiques (tels le cobalt dans les batteries lithium-ion) apparaît nettement plus problématique que celles des terres rares dans le stockage d’énergies renouvelables », conclut l’Ademe. On pourrait y ajouter la problématique du faible taux de retour énergétique des énergies renouvelables, le fait qu’à l’échelle mondiale celles-ci s’ajoutent aux énergies fossiles sans s’y substituer, ou que les énergies fossiles continuent d’être subventionnées à plus de 300 milliards de dollars par an, nous précipitant vers un désastre climatique. Mais au moins, point de terres rares dans les renouvelables. C’est déjà ça.

 

 

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